jeudi

de la base au sommet

On voudrait ça
Être une pépite de ce qui est là

Attendre

Et que le souffle inviolent traverse le limon de nos corps

Alors on tendra la main vers la branche fleurie

C’est ainsi
Et les cimes enneigées recueilleront nos âmes

avec ce souffle

avec ce souffle qui traverse et

dilue
les sédiments

ce souffle
étale de l’aube à l’horizon

souffle qui ne manque de
venir ni de
revenir

ce souffle que spectateur du funambule là-haut
tu retiens

souffle court où se

dispersent

les sables de l'enfance

et souffle laiteux de la mort
souffle dernier

souffle rendu alors

mercredi

écrire sous la cendre
de l’aube


où affleurent

des hasards de silence

pli

page
page impossible
page impossible de tissu impossible
page impossible de tissu impossible de mots impossibles

trou au centre la page

trou blanc
absent

disque solaire

d'un père mort

aube noire

trou

les mots s’y engouffrent

à mourir
et revenir

impossible

jusqu’à
voix blanche

noir

il n’y a plus qu’à

plus qu’à
boiser l’infini

dans cette aube immense et noire
qui s’étire

déjà le corbeau
coupe
le ciel

ardoise fendue de l’enfance

ciel
aux mousses de ténèbres
et aux étranges boursouflures d’or

tandis que gronde

sous la cendre
le flot
des vivants et des morts

jeudi

camarade

Le vent
camarade
le vent qui revient de là bas
le vent qui n'a pas de patrie
le vent camarade
a couru ce matin dans les rues
nu comme un prince camarade

il a ri et pleuré à la porte du jour
il a chanté dans les gorges des filles
il s'est engouffré dans les cœurs qui criaient
dans les rues des amants camarade
il s'est emmêlé
dans les fils du temps
et dans les cordes à linge

il a bondi sur les toits du royaume
sur la tête des puissants
il les a mis à bas camarade
il a soulevé les trottoirs de misère
il a soufflé dans nos arrière-cours
il a fait tourner le manège des enfants

et puis le vent a fendu le ciel
camarade
pour y peindre le visage d’un mendiant

dimanche

parfois

parfois

j'ai le sentiment que
mon âme

est là
comme
un petit tas de cailloux

à l'aplomb du
soleil

le sel de la terre

ce peu de larmes
et ce peu de temps

ce peu de mots
ce peu de jour

ce peu de vin
ce peu de sel
et ce peu de blé

ce peu de sang
ce peu de force

ce peu de souffle
et ce peu de rires

ce peu de pain

ce peu de feu et de vent
ce peu de cœur

ça fait tout l’or du monde

samedi

la nuit là-bas

il y a ça
là-bas

il y a la nuit
la belle nuit des corps

il y a des cris
des clameurs

il y a des vivants
il y a le vent
qui traverse les cœurs

il y a que ça va
exploser à l'horizon

il y a le sang de l'étoile
qui ruisselle

il y a des blés fous
et des belles

qui aiment !

il y a tout ça
là-bas

il y a le jour blanc
qui ne va pas manquer d'enfanter

sur la pierre d'évier
une trombe de lumière


il y a le feu il y a le sang
qui s'attardent dans les trous de la terre

il y a encore et encore


il y a que le temps
va peut-être sombrer

dans l'ivresse des vents

aux souvenirs où l'Autre abonde

tu t' souviens

quand nous courrions
enfants

dans les greniers

nantis
d'amour

et de blés lourds

jeudi

le beau vide

au fond de moi
fêlure trou

béance du beau vide
comme une blessure-fenêtre

où passe un souffle
apaisant

violent

souffle me traverse
ne me laisse pas tranquille

pas mort

et puis ça passe
chez un autre
et ça me revient

tout autre


Et puis encore

mercredi

présence de l'absent

Ohé les morts

laissez les mots
revenir !

Oh rien à dire
pauvre

il faut
il n'y a que cela qui tienne
il faut

présence de l'absent
pauvre
commune

il n’a rien
qu'être là

il faut
feu
présence
feu présent

qui sourd

oh la la le feu

rien à dire au fond
de la cour et des cœurs

Bonjour Madame l'Afrique

bonjour Madame l’Afrique !
grasse et belle

bonjour et vos mamelles
et ces sacs en plastique
qui vous pendent aux doigts

bonjour Madame l’Afrique
vos yeux dessinent au ciel

la carte des deux mondes

et du voyage que vous fîtes
dans les barques de Bamako

bonjour Madame l’Afrique !
grasse et belle

bonjour ô ces mioches en ribambelle
qui vous filent des doigts

et s’en vont en courant
dans les rues de Paris

mardi

au dieu qui danse

et ce dieu qui danse
vente parfois aussi dans nos arrière-pays

et nous, nous sommes là
à la porte de nous-mêmes

à peine sur le pas
les yeux dans l'ombre

alors que dans les arrière-cours s'engouffre
avec furie notre vent-dieu

alors qu'il chavire tout
et nous rend fous

jeudi

ailleurs que là

Il y a
que ça ne va pas



toutefois

y a-t-il
lieu de craindre

les ruses
du mystère

mardi

Sur la route de la Grave

Pierre, frondaisons généreuses, toits d'ardoise:
montagnes!

écrin de mon enfance aujourd'hui
refermé comme une plaie
Montagnes!

où je fourrage entre deux mamelles
volets clos

dont rien ne sortira
(ni même ma montagne-mère)

lundi

tissage

L'enfant court
entre les fils de la nuit

à cet instant là
plus rien

sinon

le chat qui dort
au pied du lit

et les fils de la nuit
qui tissent une muraille

où s'engouffre pourtant
le vent de l'invisible

mercredi

manque


il manque un vent frais au matin
il manque une vague au vent frais

il manque une muraille à la vague
il manque une herbe à la muraille

il manque une terre à l’herbe
il manque un ciel à la terre

il manque un matin au ciel
il manque une brume au matin

il manque une grève à la brume
il manque un exil à la grève

il manque une nuit à l’exil
il manque un hiver à la nuit

il manque un soleil à l’hiver
il manque une étoile au soleil

il manque une poussière à l’étoile
il manque un souffle à la poussière

il manque une flûte au souffle
il manque un silence à la flûte

il manque une plainte au silence
il manque une source à la plainte

il manque une averse à la source
il manque une goutte à l’averse

il manque un éclat à la goutte
il manque un soleil à l’éclat

il manque une vigne au soleil
il manque une ivresse à la vigne

il manque un rire à l’ivresse
il manque un regard au rire

il manque un horizon au regard
il manque un matin à l’horizon

il manque un vent frais au matin


enfin

il manque toujours quelque chose

lundi

écrire et pourtant écrire

l'immense invisible
est sorti d'Auschwitz

l'impossible
au pas de notre porte

les cœurs-cendre se sont-ils tus?

l' immense invisible
lentement dissous
dans notre ciel noir

les cœurs-cendre se sont-ils tus?

l'impossible est là

impossible à écrire
écrire et pourtant écrire

les cœurs-cendre se sont-ils tus?

dimanche

écrire
avant

que les choses
ne soient

samedi

il ne reste que ça

un fragment de soleil
dans mes inquiétudes

une goulée de torrent
dans tes indolences

une poignée de terre rouge
dans nos solitudes

des branches de figuier
dans tes évidences

un lambeau de vent frais
dans mes réticences

un morceau de tempête
dans nos habitudes

vendredi


il est question
de se laisser envelopper par la mort

toutefois

il se peut que l'aube approche
et que le temps redevienne un enfant

jeudi

vous

ô vide retentissant
c’est fini ?

que reste t-il
de nos amours
rien ?

rien que le désir
qui me tend
vers vous

voilà

vide fait
bienfait du désir

fait du vide
l’un et l’autre qui se fécondent

et au fond
tout au fond

il en naît un autre

mercredi

funambule


sous un ciel souvent vide
chanter le souffle de l'invisible

qui se perd - funambule vertical

entre les fils infinis
de nos nuits

mardi

fuite


Ô douleur de sable
Infinie étrangeté que moi-même

Où tout fuit

Vitre qui flotte au vent
Où ai-je la tête ?

lundi

zone silence

J'ai attendu le Vent
longtemps

au loin j'ai entendu ses pas
qui devaient agiter les fils de mon âme

il faudrait lui disais-je
que mes amis se lèvent

et que s'élèvent de mon âme gâtée
leurs cris éboulés

J'ai entendu le vent
qui s'est mis à souffler

tout autour de mon âme
il s'est mis à danser

tout en laissant germer
tout autour de mon âme

une zone silence:
vide
vide

le vent va venir en vain

dimanche

ruissellement











Sous son ombrelle

elle s’était fait
un firmament

or

cette ombrelle est percée

donc

l’ombrelle
ruisselle

d'une pluie d’étoiles
qui poudroient

sur ses épaules

obliques

vendredi

Liancourt




à Liancourt
y a une boutique
sulla d’vanture

y a écrit
Fête Ambiance Cadeaux Farces et Attrapes

à Liancourt
derrière la porte

qui fait
dong
dong

y a l’ patron
un gros monsieur
ké un peu chauve

une cigarette
elle est pendue
au bout dla lèvre

à Liancourt
derrière sa porte
le gros monsieur

ben il attend

jeudi

pétrin

malaxe-moi dans ton cœur

pétris le vide de ma vie dans ton cœur
brasse l’ordinaire de ma vie
pétris mon cœur
agite ma vie mêles-y ta vie
enchevêtre les cris de mon âme et les fils de tes larmes les flammes

de la vie

déplace les cordes de mes souffrances
berce mon cœur
balance le vide de mes misères
broie mon cœur dans le mortier de tes bras
fermente ma vie

malaxe-moi dans ta douleur

mercredi

nuit (II)










la nuit vient
que rien ne retient

entre le soir et la nuit

laissez danser ! laissez ! laissez danser les mots des morts
ils ont bientôt fini

entre le soir et la nuit

à l’heure où sur la place les ombres se distillent
et s’étirent à mourir

à l’heure
où sous les frais tilleuls
tape la pétanque

entre soir et nuit
chien et loup

alors qu’étincellent les boules qui claquent sur le sable
dans des cris oh putain !

entre soir et nuit
chien et loup

alors que folâtre la pâte des amis
les soirs d’été

dans le souffle
d’un petit vent frais et furieux

entre le soir et la nuit


comme des chauves-souris
s’envolent

là-haut
les rires

des amis

mardi

nuit (I)
















La nuit vient
que rien ne retient

pas même le voile pudique d’un vent frais

laissez donc danser les mots
qui sont comme des morts

entre le soir et la nuit
chien et loup

laissez donc danser les morts
qui vous prennent pour des sots

tendre ma tendre !

lundi

sous la barque étoilée











Sous la barque étoilée
de nos souffrances

nous tisserons
les fils de nos solitudes

que nous amarrerons

un peu plus loin

au large








dimanche

grange


avez vous entendu cette flûte
qui habite en nos cœurs

comme la pluie elle monte au ciel
et déjà le crépuscule attend

il nous faut engranger des forces qui résonnent